Liesse populaire, fête qui dégénère
Pour tous ceux qui vivraient dans une bulle coupée du monde sans accès à l’information : mercredi soir l’Algérie s’est qualifiée pour la coupe du monde 2010 de football. En effet, elle a battu l’Egypte 1 à 0. En soit, rien d’exceptionnel à cela. Et pourtant, à en voir les réactions, on aurait pu en douter. La liesse populaire a très vite tourné au drame. Il me semblait que pour fêter quelque chose, on buvait une coupette de champagne, on invitait des amis à boire un coup ou manger un petit bout ou alors on allait faire la fête. Je dois être complètement dépassée. Les supporteurs, eux, font des choses beaucoup plus marrantes, comme jeter des pétards, brûler des poubelles, casser des voitures ou des vitrines, et mieux encore caillasser les camions de pompiers qui viennent réparer les dégâts. C’est sûr, c’est tellement plus amusant !
Qu’on soit pris au jeu, qu’on crie qu’on chante ou pleure devant sa télé, je le comprends tout à fait. Qu’on ait envie de célébrer la victoire de son équipe, idem. Mais alors montrer sa joie en ravageant tout, cela m’échappe complètement. Certes la société humaine est violente comme l’explique le critique, philosophe et anthropologue René Girard, dans La violence et le sacré, mais de là à recourir à la violence lorsque l’on est heureux, le pas est immense. Quelle joie pour les personnes qui sortent du cinéma ou du théâtre à 22h de devoir traverser tout Grenoble à pied car les tramways sont arrêtés par crainte de se faire saccager ! Quelle joie de sortir de chez des amis et de se faire emboutir sa voiture par des supporteurs qui brandissent des drapeaux, assis sur les fenêtres de leur voiture, et qui pensent que les feux de circulation de s’appliquent pas à eux ! Quelle joie de slalomer entre les pétards et de se faire insulter sur le chemin pour aller boire une bière !
Le pire dans cette histoire est que l’elle s’est qualifiée. Au moins s’il s’agissait d’une défaite, les dégâts auraient été faits une bonne fois pour toute. Mais non ! Ce spectacle va avoir lieu au moins quatre fois. Espérons que l’élimination ne tardera pas, que les non-amateurs de foot puissent savourer le retour au calme.
Albane Deloule
En route pour d’autres “Ciels” avec Wajdi Mouawad
Dans une scénographie originale, cinq espions tentent de déjouer une menace d’attentat, enfermés dans une cellule. Voilà l’univers captivant de Ciels écrit et mis en scène par Wajdi Mouawad.Une création du festival d’Avignon 2009 et joué du 6 au 14 novembre à l’ENSATT.
Un grand cube blanc encercle la salle de représentation. Des techniciens du théâtre des Celestins placent les spectateurs autour des diverses entrées de ce carré. L’entrée n’a rien de conventionnel. Tout comme la pièce. Les portes s’ouvrent sur un jardin de tabourets blancs qui tournent sur eux-mêmes. Le public est décontenancé, il redoute un mal de dos à rester deux heures trente sans dossier. Il n’en sera rien. Le temps filera sans même qu’il ait le temps de consulter sa montre. L’entrée en matière des acteurs est tout aussi spectaculaire. Ils se baladent autour et milieu des spectateurs. Il n’y a pas une scène mais plusieurs espaces de jeu où les acteurs performent avec brio.
Suspens du début à la fin
Avec la course contre la montre des cinq espions pour sauver le monde, l’auteur et metteur en scène libanais Wajdi Mouawad offre ici une belle critique de la société actuelle. Les conflits personnels et familiaux auxquels sont confrontés les protagonistes, à cause de leur absence prolongée, mettent en lumière l’oubli des priorités des travailleurs d’aujourd’hui. La première hypothèse évoquée quant à l’identité des potentiels terroristes est la piste islamiste. Ce qui est soupçonné à l’heure actuelle dans le monde réel, dès qu’une menace d’attentat fait surface. En plus de dénoncer le monde dans lequel nous vivons, le scénario est rondement bien mené. Le spectateur est tenu en haleine du début à la fin et je tire mon chapeau à ceux qui auraient deviné la clé de l’énigme avant qu’elle ne soit dévoilée.
Pour ne rien gâcher, John Arnold, Georges Bigot, Valérie Blanchon, Olivier Constant et Stanislas Nordey étaient époustouflants. Si réalistes et convaincants que l’on ne peut que se laisser submerger par leurs émotions. S’amuser et s’attrister avec eux. La régie a également fait un superbe travail pour cette merveilleuse création qui mêle art vivant, spectacle son et lumière et nouvelle technologie. La standing ovation réservée à l’équipe était amplement méritée.
Albane Deloule

ENSATT (Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre)
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The informant, pire film de l’année
La palme du plus mauvais film est décernée à… Suspens… The informant de Steven Sodenbergh. Un scénario inintéressant au possible, un jeu d’acteur catastrophique et aucune action : voilà le secret de l’échec.
Côté scénario, Scott Z. Burns propose l’histoire d’une grande entreprise américaine de maïs suspectée par le FBI de pratiquer une entente sur les prix. Un homme, Mark Whitacre, – incarné par Matt Damon qui a pris une dizaine de kilos pour l’occasion- décide de jouer les agents doubles pour le FBI. Rien d’exceptionnel mais après tout, pourquoi pas. On ne voit pas tous les jours un film se dérouler dans les locaux d’une multinationale.
Dès le début du film, le spectateur se perd. Il ne sait pas qui joue quel rôle, ni quelle est au juste la fonction de Mark Whitacre. Il n’y a aucune cohérence. Ce n’est qu’à la fin, pour ceux qui ont réussi à rester dans la salle, que l’on comprend que le thème principal est la schizophrénie. Ce sujet si important est traité de manière peu claire, afin de retranscrire l’état d’esprit du malade peut-on supposer. Pourtant cette maladie si peu connue mériterait un traitement plus approfondi et une mise en scène plus captivante.
Une performance râtée
Il est délicat de jouer une personne malade et Matt Damon s’est cassé la gueule. Il aurait du prendre des cours auprès de Sigourney Weaver, afin de s’approcher de sa brillante interprétation de Linda dans Snow Cake. Son embonpoint a du empêcher Matt Damon d’être aussi brillant quand dans la série des Ocean. Il ne parvient pas à captiver l’attention. Il faut admettre qu’il est très peu aidé par l’histoire lente et discontinue. Le décor terne n’arrange en rien le film.
Une seule envie traverse tous les esprits lors de la projection : partir en courant. Pour les plus tenaces, qui, entre deux bâillements, parviennent à rester éveillés la déception n’en est que plus grande. Aucune explication n’est donnée et le floue continu. A ne surtout pas voir, sauf si vous avez des problèmes d’insomnie.
Albane Deloule