3615 my life·53 billets en 2015·Gribouilles à roulettes

53 billets en 2015 #7

   Mademoiselle Agoaye joue les curieuses cette semaine en nous demandant de parler de notre plus belle histoire d’Amour. Désolée je ne satisferai pas vos désirs de potins aujourd’hui ! L’histoire que je vais vous conter aujourd’hui ne parle pas d’un homme (ou d’une femme) mais d’un genre de relation différent…

  
Il était une fois
une petite Albane (bah voui, 1m63 ce n’est pas bien grand même si c’est la moyenne féminine !) tout fraîchement larguée. Du haut de ses 15 ans et demi (juillet 2003),  elle n’avait aucune envie de rester à se lamenter sur son sort, elle décida alors de se chercher une occupation. En fouillant dans son placard, elle tomba sur une paire de rollers qui traînait là depuis les cours de sport quelques mois plus tôt, au cours desquels on l’avait obligée à acheter ces machins-là. « Pourquoi pas ? – se demanda-t-elle – ça me fera prendre l’air ». Et voilà donc notre petit bout de femme partie en direction du parc de la tête d’or. Elle ne le savait pas encore, mais ce qu’elle découvrira là changera sa vie pour toujours.

   Une fois la voûte passée, ne sachant pas trop où aller, elle décida de tourner à droite. Et là à mesure qu’elle avançait, elle vit d’autres rollers, plein d’autres rollers, assis dans l’herbe, en train de faire des figures autour de plots et même un homme en train de sauter par-dessus quatre personnes allongées au sol ! Pendant qu’elle s’émerveillait, deux jeunes hommes vinrent lui parler. Ôtez tout de suite ces pensées négatives qui vous traversent l’esprit, il ne s’agit pas là d’une vaine tentative de séduction. Ils lui expliquèrent simplement que ce cabri était plus connu sous le sobriquet de « grand Jérôme », et que comme toutes les autres personnes qu’elle avait croisées sur cette allée, il venait, au moindre rayon de soleil, s’entraîner sur ce chemin, l’un des rares emplacements où les rollers étaient les bienvenus.

   Elle fit donc connaissance de toute une ribambelle de gens se réunissant dès que possible sur les pelouses du parc de la tête d’or. Elle apprit qu’il y avait des castes, et mêmes des rivalités au seins de ces clans. Le premier groupe qu’elle avait croisé appartenait à l’association Générations Roller, et le deuxième à Macadam Roller. Ne vous avisez pas de confondre ces deux entités, vous risqueriez d’y laisser un bras ! Les gens qui l’accueillirent à ce moment-là (et lui parurent beaucoup moins sectaires !) étaient quant à eux apatrides. Ils ne ressentaient nullement le besoin d’adhérer à un quelconque organisme.

   C’est donc auprès d’eux qu’elle décida de se rendre le lendemain au réveil. Elle n’avait aucune envie de rester terrée dans sa chambre comme elle avait l’habitude de le faire, et pas non plus le goût de piquer une tête à la piscine, au plus grand regret de sa mère. C’est ainsi que naquit sa plus belle histoire d’amour. Elle passera le reste de ses vacances à traîner sur ces vertes pelouses, au rythme des « sequoias pouvant atteindre jusqu’à 110m de hauteur » du conducteur du petit train. Activité baptisée « pelouser« .

Définition : verbe du 1er groupe. Fait de rester dans la pelouse, rollers aux pieds, à regarder les autres faire du sport. Les seuls efforts autorisés sont de rouler pour acheter de quoi se sustenter. Voir Illustration ci-dessous.

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   Sa découverte des deux randonnées lyonnaises du vendredi soir l’amena à adopter une nouvelle famille : Générations Roller. Famille dont elle fait encore partie aujourd’hui et dont elle tente d’assurer tant bien que mal le secrétariat. Bon ok, c’est une secrétaire en carton, mais elle fait de son mieux !

   – Ok, ok on a compris comment la passion du roller t’es venue mais cela ne nous dit toujours pas pourquoi tu associes des patins à roulette à de l’amour ! Et puis c’est pas tout mais nous à 14h on reprend le boulot, alors si tu pouvais en venir au nœud puis au dénouement ce serait sympa !

   Bonne question ! Ce sport est arrivé dans la vie de cette jeune fille à un moment d’introspection, à une période où elle avait perdu tous ses repères (changement de lycée, redoublement, rupture, des parents en plein procès pour savoir qui récupèrerait sa garde …). Dans ce milieu elle était le petit bébé, tout le monde s’occupait donc bien d’elle. C’était ce qu’il lui fallait. Pour la première fois de sa vie, elle n’abandonna pas une lubie.

   Ses rollers lui permirent de vivre (quasiment tous) les meilleurs moments de sa vie, de faire de belles rencontres, de lier des amitiés insoupçonnées, de rencontrer des compagnons éphémères et même sa plus longue relation (8 ans), de passer des nuits blanches, des week-ends de folie, de découvrir de nouvelles villes, etc.

   Cette passion lui enseigna la patience, la persévérance. Lorsqu’elle décida de pousser cette pratique un peu plus loin, elle pris sa licence et rejoignit donc la section sport (appelée à l’époque GRS). La devise du club était : « à GRS on n’abandonne pas ». Cette phrase est donc devenue son leitmotiv, son mantra pour l’aider à ne jamais baisser les bras. A ce jour, elle n’a abandonnée qu’une seule course individuelle : le Roll’Athlon 100, une course unique en son genre : un « ville à ville » de 103 kilomètres qui traverse l’Ain, la Savoie et la Haute-Savoie. Une semaine après sa deuxième participation au 24 heures de le Mans (si, si c’est bien comme ça que l’on dit !) en équipe endurance, ses chevilles n’ont pas apprécié d’être à nouveau sollicitées. Elles lui ont donc fait défaut, environ au kilomètre 43. C’est donc une amie qui a dû l’aider à parvenir clopin clopant dix kilomètres plus loin où une navette pourrait les ramener au village.

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© Cyril Abbas – shooting pour le calendrier du team grol

   Comme tout amour qui se respecte, il lui brisa, à plusieurs reprises, le cœur (et deux dents aussi). A commencer par sa rupture complète des ligaments croisés. Comme expliqué par ici, cette demoiselle se blesse assez facilement. Cette blessure l’a donc éloignée environ six mois de ses précieux bébés, tous les vendredis soir, elle se rendait tout de même place Bellecour pour voir les copains. Mais voilà, ils pouvaient tous patiner, et elle, elle devait se contenter de les regarder. Et pourtant c’est ce qui la stimulait pour faire ses exercices et retrouver la mobilité. Chaque pas la rapprochait un peu plus de ses rollers. Et pourtant c’est cette retrouvaille qui lui brisa le cœur.

   Elle avait l’impression qu’ils lui faisaient payer son éloignement, qu’ils ne voulaient plus la laisser avancer. Elle eut beau s’entraîner trois fois par semaine sans relâche, participer à toutes les compétitions organisées auxquelles son club se rendait, elle finissait toujours dernière, n’était jamais sélectionnée dans les équipes au profit de personnes qui ne mettaient leurs patins que pour les compétitions et ne connaissaient pas la notion « d’entraînement ». Il lui fallut quatre ans, pour se réconcilier avec eux. Quatre ans à s’entraîner dans le froid, sous la pluie … pour retrouver le niveau qu’elle avait avant de se faire opérer et même le surpasser, à raison de huit entraînements par semaine et de nombreuses heures passées à la salle de sport.

   Ce sport lui a brisé le cœur toutes les fois qu’il la força à prendre le départ sur la même ligne que les meilleures patineuses au monde. Avant même de s’élancer, elle savait qu’elle ne croiserait que les coups de vent de tous ceux qui la doubleraient. Mais elle continua à avaler le bitume… seule. Ses patins, des êtres très sensibles et extrêmement jaloux, lui font payer ses absences un peu trop prolongées en laissant de belles marques sur ses pieds. Toutefois ils sont très prévenants, il la font chuter dès qu’elle est inattentive ou fatiguée afin qu’elle se reprenne en main. Son corps a par ailleurs décidé de garder bon nombre de traces de ces délicates attentions tellement il fut touché.

podium 6h paris
© Cyril Abbas

   Mais alors pourquoi continuer ? Parce qu’elle est persévérante, parce qu’elle a toujours refusé de rester sur des échecs. Mais surtout pour tout ce que ce sport ingrat lui apporta : un peu plus de confiance en elle, la joie que l’on ressent lorsque l’on découvre le dépassement de soi, la saveur des galettes dégustées en Bretagne, le goût de la victoire, le plaisir du sport co, le bonheur de partager la victoire avec ses coéquipier(e)s, la stratégie, l’envie de mettre du vernis à ongles, mais surtout ses meilleurs amis. Des gens avec qui, années après années, elle passe d’avril à début juillet, puis en septembre et octobre, tous ses week-ends. Des gens qui l’hébergent, qui viennent lui rendre visite, qui l’encouragent, la réconfortent, la relayent, la font rire, la câlinent (oui ce petit brin de femme ne vit QUE pour les câlins !), l’écoutent rouspéter, lui offrent des cadeaux, lui font des cookies…

   Et même si elle sait que ses bébés vont lui faire payer ses infidélités depuis septembre (canapé, boulot, boulot, canapé, voiture, canapé, boulot, voiture, boulot, un mois de réunions interminables pour le roller mais sans les avoir aux pieds, vacances, escrime, voiture, boulot, canapé, boulot, boulot, boulot, canapé, neige !), elle attend impatiemment le jour où elle pourra enfin les retrouver pour souffrir le martyre. Quand on a trouvé chaussure à son pied, on ne la quitte plus. Cendrillon pourrait en témoigner.

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